Entretien écologique des cours d'eau

 

Eau & Rivières de Bourgogne déplore l’absence d’évolution des pratiques d’entretien de cours d’eau, qui méconnaissent largement le fait que les rivières et ruisseaux constituent des milieux vivants – donc fragiles – justifiant une intervention d’entretien sérieusement réfléchie et correctement mesurée.

Qu'est-ce qu'une rivière ?

C’est un biotope c’est-à-dire une structure physique constitué principalement par le lit (mineur) du cours d'eau, mais aussi par l'ensemble  des zones recouvertes régulièrement par les eaux, y compris en période d’inondation (constituant le lit majeur).
C'est aussi une biocénose, c'est à dire un milieu vivant et évolutif, composé de diverses espèces animales et végétales en interaction biologique pour lequel la rivière est un habitat naturel

Les cours d’eau ne sont pas des autoroutes hydrauliques artificielles.

Toute action visant à simplifier le circuit de l’eau, et facilitant la course et l’accélération de l’eau des sources à la mer… est une action néfaste, qui déséquilibrera en profondeur la gestion de la ressource d’autant plus qu’elle se situera en tête de bassin versant, c’est-à-dire proche des sources l’alimentant.

Les espèces animales et végétales, mortes et vivantes, présentes dans un cours d’eau, sont donc complémentaires. La survie des unes dépend de l'existence des autres. En effet, si les poissons se nourrissent des larves et des insectes, encore faut-il que ces derniers existent. Cette existence est liée à la présence des détritus organiques de la matière végétale qui représentent leur nourriture. En éradiquant tous les bois morts et les broussailles de façon uniforme, on détruit l'élément de base de la survie des espèces. Les larves et autres invertébrés seront réduits de l'ordre de 70%. Et par voie de conséquences, les espèces piscicoles diminueront d'autant.

En outre, les populations piscicoles qui seront dérangées pendant le temps des travaux reviendront d’autant moins dans la partie entretenue d’une rivière… que :

la nourriture s’y fera rare,

-qu’elles seront sous l’influence d'une pression halieutique beaucoup plus importante puisqu'il n'existe plus aucune protection végétale aérienne. Les 30 % de larves et autres invertébrés restant diminueront de façon sensible,

-qu’elles seront dépourvues d’abris ou de caches en cas de brusques montées des eaux : quelle espèce animale est capable de résister sans protection naturelles à des pressions hydrauliques de plusieurs centaines de m3/s ?. Seriez-vous capable de nager 24 h sur 24  pour rester en place en l'absence de tout élément pour vous protéger dès lors que les caches situées sous les cailloux sont déjà occupées ? Non bien entendu. Les poissons non plus, qui - il faut le rappeler - ne sont pas des jouets, mais bien des être vivants qui ont besoin, eux aussi, "d'une salle à manger, d'une chambre pour dormir, d'un toit pour se protéger".

Qu'est-ce qu'un entretien écologique d'une rivière ?

C’est une intervention humble et modeste, respectueuse de la vie sauvage.

Pour bien la calibrer, il faut bien la réfléchir, c’est-à-dire bien connaître le milieu naturel aquatique sur lequel il est prévu d’intervenir. Quelle est sa richesse écologique ? Quelle est la sensibilité de ses équilibres biologiques ? Quel est l’aménagement du bassin versant ? Ou se situent les zones inondables avec des risques affectant la sécurité civile des personnes ? Quelles sont les zones de pêche, et les zones de réserve de pêche ? etc.

Pour bien la raisonner, il faut travailler à l’échelle du bassin versant, et accepter une intervention sélective et différenciée, selon le tronçon du cours d’eau considéré :

des zones « sauvages » sur les têtes de bassin versants, où l’absence d’entretien est de règle (ou des interventions extrêmement limitées en cas d’accumulation d’embâcles présentant un risque par déplacement brusque en aval, notamment sur les cours d'eau présentant de fortes pentes où le transit sédimentaire est intéressant pour la vie biologique).),

des zones « semi-sauvages » où les interventions sont limitées ou très limitées sur les cours moyens de la plaine alluviale rurale peu habitée ;  ces rivières sont très aménagées et anthropisées, et le maintien des embâcles y est alors indispensable pour diversifier les milieux.

des zones « entretenues »  où les interventions sont tempérées, mais réalisées de manière plus régulières en milieux naturels modifiés et anthropisés (en amont des zones habitées) : une rivière ne peut jamais être un jardin public, où règne une seule espèce végétale, et où toutes les autres sont interdites (comme dans un gazon artificiel soigneusement entretenu).

Bien entendu, l'entretien doit constituer un bon équilibre entre le fonctionnement de l'écosystème (socle de toute politique écologiquement responsable), la valeur paysagère des sites, et l'accès aux promeneurs, pêcheurs et autres usagers des aménités des milieux naturels

Cet entretien écologique des rivières est désormais une obligation, au vu des objectifs ambitieux de reconquête écologique des milieux aquatiques prônés par la directive cadre sur l’eau du 23 octobre 2000.

Mais il est bien connu que les lois (même européennes) sont faites pour ne pas être appliquées.

Il faut croire que les évolutions de pratiques comportementales font peur, et sclérosent les acteurs de ces politiques.

De nombreux exemples illustrent cette incapacité à évoluer collectivement vers des pratiques plus responsables, plus dignes des intérêts des générations futures (sauf à vouloir mettre au musée les quelques restes de rivières vivantes et naturelles) :

La cure à Chatellux (89)

Le Serein à Massangis (89)

Le Serein à Sauvigny le Beuréal (89) Vieux-château (89) Ste-Magnance


Quelques propositions pour faire évoluer les pratiques

- L'entretien  de cours d'eau devrait y être défini à partir de programmes pluriannuels (conformément aux dispositions du nouveau projet de loi sur l'eau), privilégiant le renouvellement périodique (tous les 5 ans) d'interventions légères, plutôt que d'imposants travaux préventifs (tous les 25 ans) qui défigurent les milieux aquatiques comme les paysages.

-L'objet de ces travaux d'entretien de rivières devrait être redéfini, en considération du patrimoine naturel remarquable, notamment sur les dernières rivières sauvages de la région et dans la Parc Naturel Régional du Morvan. Ils ne devraient notamment plus consister à retirer le peu de bois mort et les troncs d'arbres tombés dans les rivières mais n'obstruant pas le cours d'eau, afin de ne pas uniformiser les rivières qui n'auraient alors plus aucun intérêt sur le plan de la biodiversité.

-L'intérêt écologique rejoint l'intérêt économique : Les travaux d'entretien mal appréciés harmonisent les milieux aquatiques, et font disparaître la possibilité d'intéresser une clientèle accroc du tourisme sauvage sur le long terme. Ce tourisme de qualité est à forte plus value économique, et surtout est renouvelable, car la nature change d'aspect d'une année sur l'autre, justifiant l'intérêt pour les touristes de revenir sur les lieux périodiquement, plutôt que de les déserter pour d'autres horizons. L'uniformisation de la rivière poursuit le désinvestissement économique, puisqu'il suffira d'accéder une seule fois sur les lieux pour s'en faire une idée (le touriste revient rarement sur ce qu'il a déjà vu).

-La mise en valeur du patrimoine rivière devrait au contraire mettre l'accent sur l'accès à ces territoires, à travers des sentiers d'accès sur la rive sans toucher à cette dernière afin de promouvoir le tourisme sauvage. En outre, l'information et la sélection des rivières et sites les plus remarquables (ou les plus adaptées à certaines formes de pêche, telle la pêche à la mouche), l'éducation écologique à la connaissance des milieux aquatiques (socle de leur protection pérenne)...mériteraient d'être développées, pour faire connaître notre patrimoine naturel remarquable, et en faciliter la découverte et la connaissance. 


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